Greta vs Onfray : éclairage neuroécologique

Pourquoi je fais des choses qui détruisent notre écosystème alors que je sais qu’elles vont détruire notre écosystème ? À cause d’une toute petite partie de mon cerveau qui préfère profiter tout de suite plutôt que de maîtriser et différer le plaisir (ce qui est toutefois possible, suivez le guide…)

Ne cherchez plus, on a trouvé le coupable : le striatum.

Depuis des millions d’années, notre striatum libère de la dopamine (= du plaisir) dans notre cerveau à chaque fois que nous faisons quelque chose qui contribue à notre survie : “trouver de la nourriture, des partenaires sexuels, se procurer un statut social, acquérir du territoire et des informations permettant d’augmenter sa survie, le tout en dépensant le moins d’énergie possible”*. La mauvaise nouvelle : il en veut toujours plus et tout de suite dans une société qui produit toujours plus et qui peut te fournir tout tout de suite… La bonne nouvelle : nous avons été équipés depuis d’un cortex cérébral qui nous permet de penser le futur et d’être conscient, de prendre le contrôle, en inhibant (au moins un petit moment) ce striatum, c’est à dire d’arrêter sa course folle en mettant de la conscience sur nos automatismes.

Cerveau

Allez, tiens ! Et si j’observais le combat qui se déroule dans l’arène de mon cerveau ? J’ai laissé mon striatum gagner quand j’ai acheté ce billet d’avion pour un séminaire à Toulouse. J’ai ainsi satisfait un désir proche de curiosité et de confort tout en ruinant l’équivalent carbone d’un an de tri de mes déchets. Je le laisse gagner à chaque fois que je mange compulsivement ces boules d’huile de palme tout en regardant une série sur la fin du monde… Et ne parlons pas de chaque fois que je veux “savoir tout de suite” et que je passe par mon smartphone et les serveurs de G… Je serais comme ces rats de laboratoire à qui l’on a installé une pédale qu’ils peuvent actionner sans fin pour stimuler leur point G, “sans réfléchir au fait que ce geste quotidien prépare une montée des océans qui engloutira des millions d’habitations dans les années à venir” ? 

À une époque où les disettes et famines étaient courantes et où la richesse était moins partagée, ces réflexes de survie étaient une conséquence logique de cet environnement hostile mais dans une société de l’opulence et de l’abondance, nous continuons à nous comporter comme si nous allions manquer…  “Le problème n’est plus la quantité. Le problème est de s’arrêter” écrit Sébastien Bohler. Notre civilisation mondiale se conduit donc comme un “enfant surarmé” de moins de 7 ans (l’âge auquel le cortex préfrontal commence à se former) qui n’aurait pas conscience du jouet qu’il a dans les mains. Et quand une enfant vient nous le rappeler, nous le prenons d’autant plus mal…

Striatum vs Cortex, Onfray vs Thunberg, à nous de voir qui nous encourageons. 

* “Le bug humain”, Sébastien BOHLER