Une directrice d’école maternelle en REP+à Nantes

Le Sgen- CFDT Pays de la Loire donne la parole aux acteurs de l'éducation prioritaire
Épisode 2 : Une directrice d'école maternelle en REP+
Entretien avec F. Affilé, directrice d'école maternelle en REP+, dans la banlieue est de Nantes

Entretien avec une directrice d’école maternelle, en réseau REP+ à Nantes

Fabienne Affilé, est actuellement directrice de l’école maternelle de l’école Bergson, dans un des réseaux REP+ de Nantes. Le quartier est en grande rénovation, avec une volonté politique affirmée de voir revenir la mixité sociale. Le secteur de recrutement de l’école doit permettre de favoriser la diversité des élèves.

Après avoir été professeure des écoles, puis directrice d’une école dans un autre secteur n’appartenant pas à l’éducation prioritaire, elle a choisi de se lancer dans ce projet de direction.

F. Affilé nous apporte son point de vue sur différents points de la relance de l’éducation prioritaire.

L’accueil des moins de 3 ans en REP+

Au point de vue comptable, les enfants qui rentrent en janvier sont comptés dans nos effectifs dès la rentrée. Ce n’était pas le cas avant. C’est un vrai plus.

C’est quelque chose d’important dans la réforme, qui nous a donné une bonne marge de manœuvre. Cela a été réaffirmé, et cela apporte une légitimité par rapport à la ville pour avoir des moyens.

La mixité s’est fait essentiellement par le renouvellement du périmètre scolaire, avec la rénovation de Malokoff. Dans la mixité, il y a beaucoup de gens qui arrivent à Nantes et ne connaissaient pas le quartier ».

Les temps de concertation et de formation au sein de l’école et du réseau

Côté enseignant, la réforme, ce qu’elle a apporté c’est tout le volet concertation, formation, et ça c’est énorme.

Il y a la concertation au sein de l’école, avec l’autre école du réseau et avec le collège.
Et la concertation avec les autres partenaires, par exemple la petite enfance… Cela n’existait pas avant. (…)

On a 18 demi journées, c’est énorme. Sur l’équilibre de notre temps de présence à l’école, c’est limite.

Ce qui est super, c’est la Brigade REP+, par journée, sinon, ce ne serait pas tenable pour l’équilibre.

Préparer le contenu des concertations

Sur la concertation elle même dans le contenu, ce n’est pas toujours évident de savoir ce que l’on va se dire, surtout quand on n’est pas dans la même école. C’est difficile de passer le cap de chacun dit à l’autre ce qu’il fait. Ce n’est pas évident de construire des choses ensemble, et il ne faut non plus que ce soit une usine à gaz. Il faut établir un ordre du jour précis.

Liaison dans le réseau avec le collège REP+

Et puis, il y a les temps de pondération, qui sont les temps avec le collège. Et dans le REP+, c’est vraiment une volonté que les directeurs de maternelle soient aussi associés.

Il y a une vraie prise de conscience et appropriation de cette idée de réseau. En cela c’est super intéressant. On peut faire du lien, dans l’idée de l’enfant, jusqu’où il va quand il est collégien.

A moi, comme directrice, de faire redescendre cela, ce qui n’est pas évident. Mais c’est quand même intéressant, car je peux provoquer du lien entre les collègues et le collège.

Des axes de travail très intéressants, mais il convient de définir des priorités et de ne pas aller trop vite…

(…) Il y a eu un pilotage par une inspectrice du second degré qui pilote cela. Comme thématique il y a les parcours de l’élève : les parcours citoyenneté, santé, artistique… Et puis il y a une entrée sur la coopération, sur l’évaluation, et une entrée sur l’écrit.

Il y a vraiment ce travail là, depuis un ou deux ans, mais pour moi, cela va beaucoup trop vite. Beaucoup trop vite.

C’est bien d’avoir des lignes directrices, mais on a le temps de rien digérer. A force de vouloir faire de la cohérence, on peut faire des usines à gaz car on ne se fixe pas assez…

Des rythmes d’évolution à respecter au sein des structures et pour les personnels

Un jour je viens à une concertation, l’ordre du jour, la coopération, d’accord, mais le collège il bosse déjà dessus, mais nous, pas en tant que tel, cela n’a jamais été formalisé, on n’a jamais été formé dessus etc. Moi je veux bien en tant que tel, la coopération, le tutorat… On en a déjà parlé entre collègues. Et la question était « qu’est-ce que vous faîtes dans vos écoles ».

Mais moi je ne suis que la directrice, je ne suis pas « l’école ». A un moment, je dois retourner sur le terrain. Là ça va beaucoup beaucoup trop vite… (…) Il y a une pression… On n’a pas le temps…

Trouver le rythme du réseau…

Il faut faire la part des choses entre tout ce qui bouge sur une année et tout ce que l’on aimerait faire avancer. Pour le savoir, je suis passer de 5 à 7 classes à la rentrée dernière. Bah on ne peut pas avancer de la même façon sur nos carnets de réussite. Heureusement c’est quelque chose que je porte très fort, qui est très ancré en moi car cela fait 10 ans que je fais des carnets de réussite. Mais j’ai 6 collègues sur 7 classes d’arrivés, avec le jeu des mi-temps. Il faut leur laisser le temps de s’approprier cela. Je n’ai rien à gagner à bousculer. Car de toute façon c’est elles qui vont mettre en application dans leur classe. Donc il faut les laisser digérer, et en même temps, il faut trouver le juste milieu pour leur dire, il faut que vous vous y mettiez quand même. Je trouve que ce juste milieu, sur une machine plus grosse comme le réseau, il n’y pas cette dimension contextuelle qui est prise en compte.

L’équipe et l’entraide

Ce qui est particulier dans une école REP+ c’est l’entraide entre collègues

Même s’il y a d’autres écoles où cela peut très bien se passer. Mais en REP+ c’est juste pas possible de la jouer solo, si tu te la joues perso, tu te casses la margoulette; Ce qui compose une école REP+, ce sont des collègues qui sont venus là par choix, ou des jeunes, qui ne sont pas venus par choix, mais qui sont la plupart du temps, dans une dynamique de début de carrière, avides de tout et c’est alors mon rôle de les accompagner au mieux, soutenue par le reste de l’équipe. Ca c’est une grosse différence.

Mixité sociale en REP+ : un travail avec les enfants, et les familles

Avec la refondation du quartier il y a plus de mixité. Ce qui est plus difficile à gérer dans une école comme celle là, c’est que l’on est plus dans une école ghetto, et que moi, je dois gérer des logiques de parents, à l’extrême. Il faut par exemple, lorsque l’on fait une sortie, il y a des familles qu’il faut prévenir la veille pour le lendemain, et d’autre qu’il va falloir prévenir 3 mois avant, parce qu’ils vont prendre des RTT pour pouvoir accompagner… Comme des parents qui ne lisent pas, et des ingénieurs.

L’hétérogénéité, est un enjeu, c’est un paramètre de plus à gérer. L’hétérogéénité des enfants, et des parents; En classe, ça booste. (…)

En classe, cela se gère très bien, c’est une émulation. Moi l’énergie, elle est plus dans l’hétérogénéité des familles.

Après il y a des communautés différentes, mais ça ne se ressent pas trop. Je ne ressens pas en tous les cas, de racisme évoqué entre les communautés, pas en maternelle.

Directeur(trice) en REP+ : Du temps et de l’énergie

Je ne comprends pas qu’il n’y ait pas une décharge supplémentaire lorsque l’on est en REP+.

Il y a quand même beaucoup plus d‘équipes éducatives, plus de rencontres avec les parents, les partenaires sociaux, le RASED. Qui dit équipes éducatives, dit compte rendu… C’est du temps consacré… C’est encore plus de relationnel. C’est encore plus l’idée de se décarcasser pour mettre en place des actions pour faire entrer les parents dans l’école (…) Il faut aller les chercher vraiment. C’est aussi parce que c’est des familles qui ne se permettent pas… il y a la barrière de la langue aussi…

(…) Il y a une surcharge de travail, ça c’est sûr. Je dirais même par rapport aux collègues, on les ramasse à la petite cueiller de temps en temps et faut être là. Il faut encore plus au niveau énergie, montrer que tu vas bien, que tout va bien… Même si tu as le moral dans les chaussettes… C’est partout comme cela ! Mais ça arrive plus souvent ici !

Direction et classe… Un équilibre riche mais complexe.

C’est bien aussi que je sois dans ma classe, car ça légitime ce que je peux demander à mes collègues, j’ai les mains dans le cambouis. Je pense que c’est aussi ce qu’est difficile quand on est principal de collège.

Mais parfois je souffre de cette tension là, entre la classe et la direction.

Si jamais je me planque dans ma classe pour travailler, je vais avoir des collègues, des parents… qui vont venir… Et je ressens cette tension là encore plus en étant en REP que lorsque je n’étais pas en REP, en tant que directrice, j’entends.

Je fais des journées de dingue, régulièrement je quitte l’école à 20h. Et il y a des moments où il faut réussir à se préserver… Parce qu’un directeur qui est en bonne santé mentale, il va diffuser cela aussi.

Classe et formation… Un équilibre lui aussi riche mais complexe…

Dans l’idéal, ces temps de formation, il devrait être pris à d’autres moments, je ne sais pas quand… Mais il y a une tension… car il faut récupérer les classes… C’est bien que l’institution acte que l’on a besoin de temps de concertation, et nous donne les moyens pour que l’on en ait, et en même temps, on galère par derrière. Comment faire pour rester dans notre temps de travail? Je ne sais pas.. Je dis juste que ce n’est pas facile pour nous, et que pour les enfants, ce n’est pas l’idéal non plus.

Je pense quand même que ce qui se fait là, c’est déjà pas mal.

Le RASED

On a un réseau d’aide au top du top, mais il y aurait moyen d’aider plus d’enfants.

Peut-être trois fois par semaine, mais si on les prend plus, il faudra plus de monde, immanquablement.

Des remplacements encore plus systématiques

Au delà des remplacement de la Brigade, peut-être aussi des remplacements systématique quand on est pas là. Car il y a aussi des collègues qui craquent.

Et encore c’est beaucoup mieux là qu’il y a 5-6 ans.

Le stage REP+ (stage de 3 jours qui s’ajoute au 18 demi journées de formation)

Le stage REP+, c’est de la rigolade, c’est du n’importe quoi. C’est à dire que l’on est remplacé, mais pas par la brigade, et on peut avoir un remplacement chaque jour; Et ça, ça ne devrait pas. Il faudrait aussi que les remplaçants entrent en contact avant de prendre la classe….

Une expérience singulière…

Ces extraits d’entretiens n’abordent que quelques réalités du quotidien d’une directrice en école maternelle d’un réseau REP+ urbain. Chaque réseau comprend ses singularités, et la mise en place de la relance de l’éducation prioritaire rencontre ici ou là, plus ou moins d’obstacle.

L’équipe du Sgen-CFDT Pays de la Loire a u faire plusieurs visite d’école. Les retours nous montrent cependant que cette relance a apporté de vrais points d’appuis aux équipes. Il s’agit aujourd’hui de continuer à porter les enjeux d’une réelle mixité sociale et scolaire, et de renforcer les dispositifs expérimentés comme constructifs au sein des équipes (Maître +, accueil moins de 3 ans, moyens pour la direction, RASED etc.)