Réforme du collège : qui se soucie des élèves de Segpa ?

Pris entre une circulaire floue et un pilotage anarchique, les personnels exerçant en sections d’enseignement général et professionnel adapté (SEGPA) sont fragilisés dans leur identité professionnelle. Le Sgen-CFDT refuse cette situation préjudiciable aux élèves et à la santé des personnels.

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Les Segpa, ​des « précurseurs oubliés »

Les Segpa, dans leur organisation et grâce aux compétences déployées par leurs enseignants, auraient pu être considérées comme précurseurs de la réforme du collège sur ses aspects pédagogiques. Concrètement, elles sont  les grandes sacrifiées dans les académies.

 

Régies par une circulaire floue type « auberge espagnole »…

Inclusion, structure, élèves de 6e Segpa en classe de référence, classes de 6e Segpa maintenues, etc… On trouve tout et le contraire de tout dans la circulaire de 2015 qui a laissé au Sgen-CFDT une impression d’occasion manquée.

Cette circulaire encourage pourtant des pratiques que le Sgen-CFDT revendique depuis longtemps et qui peuvent donner un appui aux équipes déjà engagées dans des pratiques telles que la co-animation, la mise en barrette de cours ou les inclusions individuelles.

De tels dispositifs montrent que certains élèves de collège sont en bien plus grande difficulté que les « meilleurs élèves » de Segpa et que, par conséquent, des allers-retours beaucoup plus souples entre le collège et la section bénéficieraient à tous les élèves et stigmatiseraient moins certains d’entre eux. Hélas, cette circulaire en reste à de bonnes intentions sans donner les moyens de sa mise en œuvre !

…qui hésite entre intégration et inclusion.

Se donner les moyens de passer de l’intégration à l’inclusion (moyens visiblement trouvés pour d’autres dispositifs, plus élitistes) permettrait pourtant un salutaire rapprochement entre les cultures professionnelles des professeurs des écoles (PE), des professeurs de lycée et de collège (PLC) et des professeurs de lycée professionnel (PLP).

Or, c’est principalement parce qu’elle n’a pas tranché sur la place structurelle des Segpa dans le paysage du collège, que cette circulaire donne libre court à toutes les interprétations possibles des rectorats et directeurs académiques des services de l’Éducation nationale (Dasen). Il en découle une mise en œuvre qui ajoute à la confusion.

Victimes d’un pilotage à la carte pour les heures de marge

À cause d’une interprétation  variable des textes…

Les textes d‘organisation des Segpa sont pourtant censés être régis par le texte général du 19 mai 2015 portant sur la réforme du collège. Mais le plus souvent les Dasen ont refusé de leur octroyer ces marges.

En effet, aucun texte ne précise que les cours en atelier doivent se tenir en demi-classe, ce qui est pourtant l’usage dans toutes les Segpa de France ! Le Sgen-CFDT n’est pas contre le fait de questionner les usages mais pas d’une manière aussi insidieuse et aussi peu respectueuse des personnels.

…qui engendre des situations inacceptables.

Deux solutions retenues selon les académies sont pour nous inacceptables : le maintien des 18 heures de dédoublement en prétextant que c’est désormais ce qui fait office de marge (et donc de fait il n’y a aucun effort réalisé en terme de moyens humains pour ces sections). Pire encore, dans certains départements, les 18 heures de dédoublement en atelier sont supprimées et ne sont plus accordées que les 3 heures de marge prévues par division (dans ces départements, l’application de la réforme a entraîné une baisse des moyens pour les Segpa !).

Dès lors, comment feront concrètement les équipes pour dégager des moyens permettant de travailler autrement puisque les collègues PLP et leurs ateliers sont là ! Fermer des postes ? Supprimer une offre d’atelier déjà scandaleusement étriquée ?

Sur les 4 000 postes qui auront été consacrés à la mise en place de la réforme du collège, zéro poste aura été affecté pour les Segpa.

Comme sur d’autres sujets, nous assistons à un décalage entre les injonctions et la réalité, entre le ministère et l’échelon académique et/ou départemental. C’est cet écart entre travail prescrit et travail réel qui place régulièrement les personnels en situation d’insécurité.

dont la mission est pourtant de défendre l’intérêt des élèves les plus fragiles

Les élèves en situation de grande difficulté méritent des dispositifs bien plus ambitieux et le Sgen-CFDT continuera à défendre l’intérêt des plus fragiles. Analyser ce qui résiste dans les apprentissages des élèves en situation de grande difficulté bénéficie à tous car cela amène à étudier plus largement ce qui fait progresser chacun-e.

Ainsi est-il primordial  de sortir d’un système faussement centralisateur qui publie des circulaires à un niveau national pour ensuite laisser implicitement se faire tout et son contraire sur le terrain. Le ministère devrait faire confiance aux équipes quant à l’utilisation des moyens consacrés à l’aide aux élèves en situation d’échec, tout en étant comptable des objectifs à faire atteindre aux élèves. Il fait actuellement le contraire.

Le Sgen-CFDT revendique l’application de la loi,

en affectant aux Segpa de 4 classes une dotation minimale de 141,5 heures (129,5 heures + 3 heures par division) dans le but d’encourager les dispositifs inclusifs qui créent des liens entre la Segpa et le collège, et  dont les modalités relèveraient des équipes de Segpa.

Ces équipes rendraient compte des pratiques choisies au conseil pédagogique et au conseil d’administration de l’établissement.

C’est ce type de voie patiente et assumée qu’il faudrait prendre, pas celle  du statu quo, voire de la régression.