Sur Nantes, on est presque habitué·es, résigné·es. Manif = black blocs contre tortues ninja. Et donc cercle vicieux de la violence… Mais, vous n'avez pas remarqué un truc, un "détail" dans les vidéos qui circulent ?
Sur Nantes, le scénario est presque écrit d’avance, lassant. Manif = black blocs contre tortues ninja (police). Et donc cercle vicieux de la violence… D’un côté : dégradations d’abris-bus et de mobilier urbain (lycées brûlés, on monte d’un, voire deux crans, là…) alors qu’on réclame plus de moyens. De l’autre : violences disproportionnées et “interpellations musclées”, comme on dit.
Camp contre camp
Cependant, mardi dernier, à la manifestation de toutes les fonctions publiques, un des deux camps n’était pas là. On l’a bien vu parce qu’on craignait le scénario habituel et que la CFDT était première du cortège. On a même failli s’engueuler entre nous à la préparation de la manif, en interne de la CFDT. D’un côté celles qui disaient (à juste raison) “c’est pas eux qui doivent nous empêcher de manifester, on doit s’organiser et ne pas leur laisser la rue”. De l’autre celui (moi) qui disait : “Je vais pas manifester pour permettre à des gens de péter tout le centre-ville une fois de plus, c’est contre-productif.”
Et donc, les black blocs ayant décidé, sur je ne sais quelle base, de ne pas venir et de ne pas s’installer “de force” à l’avant du cortège comme d’habitude, la présence de l’autre camp en est devenue complètement disproportionnée, voire ridicule. Des CRS hyper nombreux, dans tous les coins de rue, ultra-équipés, tenant, pour certains, leur LBD et Flash-ball en direction de professeures de maternelle et d’infirmières qui défilent pour dénoncer leurs conditions de travail.
Tiens, tiens, tiens… Mais on tiendrait pas une piste, là, pour que ça s’arrête ces conneries de cour de récréation pour adultes ? (D’ailleurs, si tu connais quelqu’un à la Préfecture, n’hésite pas à lui envoyer cet article.) Imaginons à l’inverse une manif lambda dans laquelle on arriverait et aucun CRS à l’horizon ? Les black blocs attaqueraient qui ou quoi ? C’est ce que j’essaie d’expliquer à mes élèves de CM1-CM2 : pour qu’un cercle vicieux s’arrête, on a besoin qu’au moins un des deux prenne conscience de la violence qu’il engendre. Et quand on est des CRS contre des lycéen·nes, c’est qui les adultes ? (mis à jour du 3/10 : la violence nantaise semble avoir pris une toute autre ampleur et je parle bien ici des manifestations habituelles qui dégénèrent. Encore que… toujours des garçons…).

Le fameux éléphant de Nantes
Et tiens, en y regardant de plus près, on ne remarquerait pas un truc qui se voit comme le nez au milieu de la figure ? (“Elles sont où mes lunettes ?”, “Sur ton nez…”) Un angle mort, un éléphant au milieu de la pièce ?
C’est qui qui se bagarre ? C’est que des gars ! Bah pourquoi ?
Il y a quelqu’un qui a regardé ça de près et qui a réfléchi à des solutions, c’est Lucile Peytavin. Elle part d’un constat : les hommes représentent 84 % des auteurs d’accidents de la route mortels, 90 % des personnes condamnées par la justice, 86 % des mis en cause pour meurtre, 97 % des auteurs de violences sexuelles, etc.
En termes de coût, ça nous fait environ du 95,2 milliards d’euros.
Mais la bonne nouvelle qui va avec et sur laquelle je finirai cet article déjà trop long que tu as du mal à finir (comme Sonia Devillers), c’est que ce n’est pas une fatalité !

Éduquer !
On pourrait… rapprocher l’éducation des garçons de celle des filles. Encourager dès le plus jeune âge l’expression des émotions, l’empathie, la coopération, et rejeter le dogme de la force brute et le paradigme de la performance (dit autrement : c’est qui qu’a la plus grosse ?) pour déconstruire une culture virile transmise souvent inconsciemment (Avengers, ce qu’on entend à l’école, à la maison, etc.).
Il y a aussi Eric Verdier qui propose une grille d’analyse et des outils très concrets pour éduquer. Il parle lui de “créer une alliance entre le masculin sensible et le féminin libre”. Pour passer d’Avengers à Rebelle à la norme, justement… Et dans ses (excellentes) formations, je l’ai souvent entendu dire que “le féminin sensible, on a commencé dans les années 60-70, on commence quand pour le masculin sensible ?”.
À nos adhérent·es : notre position sur la grève du 6 octobre