La CFDT agit pour une Transformation écologique juste (Tej). Ici, étudions les actions possibles en matière de bâti.
Rénovation du bâti scolaire, un enjeu de la transition écologique juste
Alors que les épisodes de chaleur ont mis en évidence les lacunes des locaux scolaires, que comptent faire les collectivités pour adapter ce bâti neuf ou ancien ? Les institutions accélèrent la cartographie des établissements à risque. En parallèle, elles font le choix d’investir dans des équipements pour rafraîchir les bâtiments (protections solaires, ventilation, végétalisation, etc.) en y associant parfois une nouvelle organisation scolaire, plutôt que d’opter pour la climatisation. Avec, en toile de fond, la question du financement de ces adaptations.
Fermetures d’écoles, horaires aménagés, report d’épreuves pour le bac… Les différentes vagues de chaleur bouleversent la vie des élèves et des enseignants. Comment ont réagi les collectivités et que prévoient-elles en vue des prochains épisodes de chaleur, qui vont se multiplier ? Il s’agit d’encourager la coopération entre le ministère, les rectorats et les collectivités, avec, dans le viseur, une adaptation bâtiment par bâtiment. En effet, les besoins d’une école exposée sud ne sont pas les mêmes d’une école exposée nord.
État des lieux du bâti
Le parc scolaire français est globalement en mauvais état et se caractérise par une faible efficacité énergétique.
Rapport datant de 2023 sur l’état du bâti scolaire
Dans notre académie, voici un point sur le bâti scolaire.
Le ministère de l’Éducation nationale travaille à la définition d’un référentiel sur le « Bâti scolaire » destiné aux collectivités locales. Le 1ᵉʳ juillet 2021, un groupe de travail issu du Grenelle de l’Éducation présente les grandes lignes du projet aux organisations syndicales.
La rénovation du bâti scolaire s’impose pour lutter contre le dérèglement climatique. Cela permettra d’améliorer la qualité de vie au travail (des personnels et des élèves) et c’est un enjeu de justice sociale.
Lutte contre le dérèglement climatique
Afin d’atteindre la neutralité carbone en 2050, il faut diminuer la consommation énergétique des bâtiments tertiaires de 60 % (source Transition écologique du bâti scolaire : mieux accompagner les élus locaux – Sénat). Cela passe par :
- Rénover pour suivre les nouvelles normes énergétiques.
- Systématiser le diagnostic de performance énergétique (DPE) dans les établissements scolaires (qui est obligatoire pour la plupart des EPLE).
- Mieux isoler les bâtiments, en privilégiant les matériaux biosourcés (paille, terre crue…).
- Déployer les énergies renouvelables comme les panneaux photovoltaïques.
La rénovation du bâti scolaire doit prendre en compte l’évolution à la hausse des températures moyennes et le risque croissant de canicules. Projection climatique pour 2050 + 2,7 °C en France métropolitaine (Source Réchauffement climatique : quel climat en France en 2050 ? | Météo-France).
Pour cela :
- Fini le tout minéral. Il faut des cours végétalisées, des îlots de fraîcheur, des ombrières.
- Installer des brasseurs d’air, des ventilations dans les locaux.
- Prévoir des dispositifs de protection solaire (stores, rideaux occultants).
- Ne pas forcément construire en dur quand les effectifs augmentent, mais utiliser des modulaires réutilisables.
- Planter des arbres permettant l’ombrage des salles de classe.
(Source La rénovation énergétique des bâtiments scolaires | Ministère de l’Éducation nationale et Établissements scolaires | ADEME)
On peut aussi installer une pièce climatisée « refuge » dans chaque établissement.
Qualité de vie au travail
En cas de froid
Les salles de classe doivent bénéficier d’une température de 19°C. En effet, en dessous, cela devient pénible de travailler.
En cas de fortes chaleurs
Au-delà de 32 °C en pointe, les performances cognitives du cerveau diminuent. Les élèves apprennent moins bien, les enseignant.es sont moins efficaces. (source « chaleur humaine, comment tenir face à la chaleur » et Rapport datant de 2023 sur l’état du bâti scolaire p. 18-19).
Les risques sur la santé sont importants (déshydratation, mal de tête…).
Justice sociale
Une école mal isolée va consommer plus d’énergie pour le chauffage en hiver. Moins une commune est riche, plus ce poste pèsera sur son budget.
Lorsque les écoles sont fermées et que les élèves doivent rentrer chez eux, il y a des disparités énormes selon le type de logement dans lequel habitent les élèves (corrélé souvent avec leur indice de position social).
Le plan de rénovation des écoles, lancé en 2023, vise à rénover 40 000 écoles primaires d’ici à 2034. Avec un fond vert qui n’est plus alimenté comme il le faudrait, cet objectif sera-t-il atteint ?
Exemple de Nantes
En 2025, une étude du Cerema (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement) sur 45 écoles parmi les plus chaudes de la commune a permis de disposer de préconisations précises d’aménagements, site par site. Plusieurs expérimentations en découlent, comme la mise en place de brasseurs d’air ou de la sur ventilation nocturne (ouverture des fenêtres la nuit pour créer des courants d’air).
En cette rentrée 2026, de nouvelles mesures vont se déployer sur l’année scolaire 2026-2027 :
- l’élaboration d’un plan de gestion des fortes chaleurs spécifique à chaque école ;
- la distribution de brumisateurs à main dans chaque classe et d’un système d’arrosage oscillant dans chaque cour d’école ;
- le renforcement des équipements de protection contre la chaleur intense. 850 ventilateurs et rafraîchisseurs d’air ont déjà été installés ;
- la poursuite de l’installation de films solaires sur les vitrages les plus exposés : 72 écoles bénéficient de films solaires (19 réalisées cet été) ;
- l’expérimentation de parasols XXL de 36 m² dans certaines cours d’école insuffisamment ombragées ;
- l’expérimentation de pare-soleils à ventouses sur les fenêtres (« screen ventouse ») et la pose de peinture d’ombrage sur des vitrages sans protection.
Enfin, comme cela été annoncé par les élus au collectif « 35 degrés à l’école », un comité de suivi sur les fortes chaleurs sera créé à la rentrée. Il associe parents d’élèves, FCPE, prestataires experts, élus et agents municipaux spécialistes.
C’est quoi ce projet ?
67 espaces extérieurs sont réinventés pour les enfants nantais (dont 52 cours d’école et 15 jardins de crèches nature) d’ici à 2026. L’objectif ? Les rendre plus verts, plus adaptés au changement climatique, plus propices à l’épanouissement des enfants.
5 ambitions pour renouveler les cours d’école nantaises. Elles doivent être :
- Climatiquement adaptées, avec l’apport d’ombre, la création de sols perméables (copeaux, végétation, pelouse, sable…).
- Inclusives et favorisant l’égalité filles garçons, avec des espaces sportifs repensés pour qu’ils soient moins centraux et utilisés par les filles comme les garçons.
- Insérées dans le quartier avec des espaces accessibles au public hors du temps scolaire, et avec des espaces sportifs qui peuvent être mis à disposition d’associations hors temps scolaires.
- Ecogérées et vivantes.
- Ludiques et éducatives, en permettant de multiplier les activités réalisables dehors (faire classe, dessiner, lire, observer le vivant…)
De plus, l’entretien des bâtiments municipaux vise à une amélioration de la qualité de l’air. Pour cela, la ville installe de capteurs C02 et une aération avant la sieste. Arrêt des aérosols, réduction du nombre de produits d’entretien et remplacement par des produits en majorité certifiés écolabel.
Les bénéfices pour vous
Au-delà de l’adaptation de l’environnement au changement climatique, ces espaces permettent d’accroître le lien à la nature des enfants et sont propices aux expériences motrices et sensorielles à l’extérieur. Ils contribuent ainsi à leur équilibre psychique et leur bien-être.
Inclusives, les cours d’école deviennent accessibles aux enfants en situation de handicap, et plus largement à tous les publics. Certaines cours font l’objet d’une débitumisation et d’aménagements simples, d’autres bénéficient d’une transformation de l’ensemble des espaces, en concertation avec les enfants et les adultes.