Évaluations imposées au CP, CE1, 6ème, seconde… pour quoi faire ? Combien de temps passé ?

Les évaluations nationales imposées et standardisées sont un leurre qui interroge notamment la confiance affichée envers les personnels. Pour le Sgen-CFDT, l'évaluation doit rester un outil au service des professionnels de l'éducation que sont les enseignant·es.

Ça recommence au CP fin janvier…evaluations CP

Mi-janvier 2019, les évaluations CP reviennent dans l’actualité. Le Sgen-CFDT reste toujours critique et demande une rémunération du temps de travail correspondant, dont la saisie des résultats.

Les épreuves devront se dérouler du 21 janvier au 1er février 2019 inclus.

Les élèves, uniquement de CP, passeront 4 séquences collectives: 2 séquences en mathématiques, 2 séquences en français, sur un unique « cahier élève » avec en complément 3 épreuves courtes de fluence que chaque enseignant-e mettra en place pour une passation individuelle. Le cahier sera fourni localement aux écoles par les circonscriptions et/ou DSDEN. Un guide de l’enseignant comporte les informations utiles pour la mise en œuvre du dispositif des épreuves.

Calendrier des évaluations CP:

– Passation du lundi 21 janvier au vendredi 1er février

– Saisie possible à compter du 1er jour des passations

– Correction automatisée

– Restitutions disponibles pour les écoles à compter du 11 février

Quelles compétences évaluées en mathématiques et en français?

En mathématiques, les items portent sur:

– connaître les nombres jusqu’à 39 (connaissance de la ligne numérique),

– calculer en ligne (situations d’addition et de soustraction),

– résolution de problèmes.

La passation est prévue en 2 séquences. La durée annoncée est estimée à 9 minutes pour l’une et 12 minutes pour l’autre. Il sera nécessaire de prévoir un temps supplémentaire pour les explications et les exemples.

En français, les items portent sur:

– reconnaître des lettres et des sons (conscience phonologique et phonémique),

– comprendre des phrases à l’oral,

– écrire des syllabes et des mots (passage de l’oral à l’écrit),

– lire à voix haute.

La passation est prévue en 2 séquences avec des modalités de passation collective et individuelle (un temps de passation individuelle pour les activités d’évaluation des compétences en lecture). La durée annoncée est estimée à 10 minutes pour chacune des 2 séquences. Il sera nécessaire de prévoir un temps supplémentaire pour les explications et les exemples.

Ce qui nous choque dans ces évaluations nationales

  • le côté descendant… école de la confiance ?
  • le calendrier très serré… pas le temps de s’approprier les évaluations et de se rendre compte de leur contenu inadapté
  • des évaluations trop difficiles, stressantes
  • le flou sur l’intérêt des remontées… quel retour avons-nous eu des évaluations précédentes ?
  • un temps énorme passé en corrections, rentrées informatiques (avec tous les soucis de connexion inhérents), rencontres des parents,…

évaluations

Réponses à vos questions

Les directives ministérielles imposent aux enseignants des évaluations que le Sgen-CFDT a dénoncé sans équivoque. Pour le Sgen-CFDT, le temps induit par ces nouvelles directives (exploitation, réflexion collective, formation…) doit pouvoir être déduit des 18H d’animations pédagogiques…

Faut-il les faire passer ou pas ? Est-ce obligatoire ? Faut-il faire remonter les résultats ? Pourquoi ? Peut-on déduire nos heures passées sur ces évaluations… ?

Nous avons proposé que le temps de travail autour des évaluations soit comptabilisé dans les 18H d’animation pédagogique et non comme certaines autres organisations sur l’APC. C’est pourquoi le Sgen-CFDT a écrit un courrier au ministre dans ce sens.

Et combien de temps ça prend de saisir les résultats des CP/CE1 sur le serveur ?

C’est la question qui fâche (pour rappel : les collègues du second degré n’ont pas cette opération à réaliser).

De nombreux témoignages nous sont parvenus, avec des temps passés de 15 minutes jusqu’à 45 par élève… selon les ordinateurs, les connexions et aussi les compétences (certains items ont des mode de saisies très particuliers).

Retrouvez les Témoignages du raté des évaluations nationales

Evaluer pour classer les élèves ? les écoles ? les personnels ?
Évaluer pour classer ?

Dans les pays de Loire, des disparités

Dans certaines circonscriptions, des réunions ont eu lieu pour présenter les évaluations aux enseignant·es et directeurs·trices du 1er degré. Le temps de ces réunions est déductibles des animations pédagogiques. 1 heure ici, 1 heure et demie ailleurs, 3 heures là… Il faudra encore aux enseignants rendre en main propre aux parents chaque évaluation. Cela va sérieusement entamer les 48 heures forfaitaires de travaux en équipes, relations avec les parents et suivi des PPS… et plus largement les 108 heures.

Dans le second degré, les évaluations sont censées se faire directement sur des ordinateurs ou tablettes. Les résultats seront alors accessibles par internet. Qu’en est-il des collèges qui n’ont pas les moyens numériques nécessaires…?

Ces évaluations doivent donner des repères aux enseignant·es pour aider les élèves à progresser. Elles vont permettre d’adapter le pilotage de proximité, d’ajuster les plans de formation et proposer des ressources pertinentes.

Pourtant, la remontée des résultats, les passations imposées sont, pour le Sgen-CFDT, contre-productives.

Les moyens dédiés à ces évaluations sont disproportionnés et ne répondent à aucun besoin identifié par les enseignant·es.

Des pratiques habituelles en début d’année

En effet, les enseignant·es ont toujours effectué des évaluations diagnostiques en début d’année. Ils sont capables d’évaluer leurs besoins et de solliciter des formations adaptées.

Pour les équipes de cycle, c’est nier les projets mis en œuvre pour garantir la réussite de tous. L’hétérogénéité des classes est oubliée. Tous les élèves doivent apprendre la même chose au même moment, quels que soient leurs acquis antérieurs, leurs capacités à apprendre…  Pour le Sgen-CFDT, des évaluations diagnostiques doivent permettre d’adapter les pratiques pédagogiques à la diversité des publics accueillis, en valorisant les acquis de chaque élève.

Classement des écoles ? des enseignants ? des élèves ?

Cependant, la remontée par école à l’IEN est souvent vécue par les équipes comme un risque d’être jugé. Ces évaluations leur laissent craindre un classement des écoles, voire des enseignant·es. Ainsi, pour le Sgen-CFDT, la remontée des résultats doit être du ressort des équipes des écoles et établissements. Seules celles-ci sont capables de définir leurs besoins en formation, au plus près de leurs difficultés.

Comme  le Sgen-CFDT l’a précisé dès mars 2018, la multiplication des évaluations standardisées entraîne le système éducatif dans le champ de la défiance et de la tension, loin des objectifs d’une école de la confiance.

Éduquer et inclure tous les élèves

Évaluations nationales en français et en mathématiques, révision des programmes et repères de progressivité, des mesures centrées sur ce que l’opinion publique considère être LA mission de l’école : apprendre à « lire – écrire – compter ».

Sans nier l’importance de ces apprentissages, le Sgen-CFDT rappelle l’importance du plaisir d’apprendre, de l’éducation de l’élève dans son ensemble. C’est d’ailleurs ce qu’affiche le Code de l’éducation qui place l’éducation en tête des dispositions générales.

Article L111-2 Code de l’Éducation – La formation scolaire favorise l’épanouissement de l’enfant, lui permet d’acquérir une culture, le prépare à la vie professionnelle et à l’exercice de ses responsabilités d’homme et de citoyen…

Le Sgen-CFDT rappelle cette mission essentielle d’éducation et d’inclusion de tous les élèves. Aucun·e enseignant·e ne peut limiter les apprentissages au français et aux mathématiques. Le Sgen-CFDT rappelle d’ailleurs que les écoliers français passent, chaque année d’école primaire, environ deux fois plus de temps à étudier la compréhension de l’écrit (lecture, orthographe et grammaire) que la moyenne de l’OCDE.

L’Éducation nationale n’a donc pas attendu les évaluations standardisées de Jean-Michel Blanquer pour consacrer du temps aux apprentissages dits fondamentaux.

Pour améliorer les apprentissages de tous les enfants, il faut permettre aux enseignant·es de continuer à mieux adapter leur pédagogie à la diversité des élèves qui leur sont confiés. Cela ne passe pas par des évaluations standardisées et des vademecum de bonnes pratiques, mais par une réelle reconnaissance de l’expertise professionnelle de chacun·e, du temps pour la concertation dans l’analyse des difficultés d’apprentissage des élèves et dans la recherche de solutions pour mieux accompagner leurs progrès et leurs réussites.

L’évaluation doit rester un outil au service des professionnels de l’éducation que sont les enseignant·es. Les équipes doivent avoir l’autonomie nécessaire au choix de ces passations. Là aussi, la question de confiance de l’Éducation nationale envers ses personnels est posée.

Pour aller plus loin…

Évaluations CP : c’est toujours NON pour le Sgen-CFDT

Évaluations et temps de travail des professeurs des écoles

Évaluation CP et 6ème, une rentrée dirigée…

Évaluations CP CE1 : faire confiance aux équipes enseignantes

Numérique, évaluation et différenciation… oui, mais… de Philippe Watrelot

Page des évaluations CP sur Eduscol

Celle des évaluations CE1 sur Eduscol

Évaluations 6ème sur Eduscol

Enfin, évaluations 2de sur Eduscol