Déradicalisation: transformer la violence

Daniel Favre est venu à Nantes nous présenter les résultats d'une trentaine d'années de travaux en neurosciences et science de l'éducation: qu'est-ce qui fait que notre pensée s'ouvre et se ferme? Comment sortir de la pensée dogmatique? Comment apprendre à nos élèves à s'auto-réguler?

Éduquer à l’incertitude

Daniel Favre part du constat suivant: ce qui fait la différence entre un élève « perturbateur » et les autres, c’est principalement qu’il n’a pas la capacité à s’auto-réguler. Il n’arrive pas à « sentir ce qu’il pense et penser ce qu’il ressent« . Les autres ont appris à s’ennuyer poliment, à se réfugier dans leur monde intérieur lorsque le cours ne les passionnent pas. Mais quand ce monde est anxiogène, quand on a pas les mots, c’est le corps, le bruit et les addictions qui prennent le relais.

Tout l’enjeu sera donc d’apprendre à ces élèves à prendre conscience du fonctionnement de leur cerveau, à comprendre leurs 3 systèmes de motivation, à mettre un pilote dans la cabine de pilotage et à dédogmatiser des idées. Pour simplifier, lorsqu’on s’énerve, qu’on « pète les plombs » ou qu’on s’aveugle de certitudes c’est l’hypothalamus qui prend les rennes et on perd la maîtrise de soi, on est empêché de penser. S’auto-réguler consiste donc à « redonner la main » aux lobes frontaux qui vont inhiber l’hypothalamus en se disant « Attention, tu t’énerves, redescends dans les tours ». Penser ce que l’on ressent, permet alors de reprendre le dessus.

Accueillir nos élèves avec ce type d’empêchement de penser suppose une acceptation inconditionnelle de la personne. Daniel Favre explique ci-dessous ce postulat de base, le postulat de cohérence.

L’auto-régulation : Comment ça s’apprend?

Pour ce faire, Daniel Favre et l’organisme de formation IRIS proposent des dispositifs tels que le Groupe d’Apprentissage de Contrôle de la Colère. Lorsqu’un élève est repéré comme ayant des difficultés à s’auto-réguler lors d’un incident ou autre, la participation à ce groupe fait partie de la sanction. L’élève y apprend alors à identifier ses fonctionnements internes et ses trois systèmes de motivation. Il y étudiera, par exemple, ce graphique représentant les phases par lesquelles chacun(e) passe face à une situation nouvelle.

Les phases confortables et inconfortables dans tout apprentissage.

Ce graphique permet de comprendre que toute phase d’apprentissage contient une phase désagréable de déstabilisation mais qui sera tout de suite suivie, si on la surmonte, du plaisir de la découverte. Plaisir qui se suffit à lui-même ; plus besoin de carotte ou de bâton.

Les élèves pourront également découvrir la manière dont nous oscillons en permanence entre pensée fermée et pensée ouverte.

S’auto-réguler, c’est sentir en soi le déplacement de ces curseurs

Ils pourront ainsi progressivement s’émanciper de conduites addictives en faisant délibérément le choix de rester dans une situation de dépendance ou de rechercher le plaisir lié à la motivation d’innovation.

Pour aller plus loin: le dernier livre de Daniel Favre « Eduquer à l’incertitude ».

Le site « Transformer la violence ».