Où il est question de vocabulaire (un peu) et d'écologie (surtout)...
La première préoccupation des Français en 2025 est le pouvoir d’achat (36 %), reléguant au second plan (4ᵉ ou 5ᵉ place) les enjeux environnementaux (délinquance 22 %, immigration 22 %, environnement 18 %, système de santé 18 %).
L’Ademe, dans son baromètre 2025, parle plutôt d’inflation et de hausse des prix que de pouvoir d’achat :
Près de huit Français sur dix accordent de l’importance à la protection de l’environnement, mais face à d’autres enjeux conjoncturels, les questions les plus importantes pour eux restent la hausse des prix (20 %), les déficits publics et la dette (17 %), l’immigration (14 %), la sécurité des biens et personnes (11 %), devant l’environnement, la transition écologique et la santé publique (8 % chacun). Le problème environnemental le plus préoccupant est le changement climatique (49 %), loin devant la dégradation de la biodiversité (33 %), de la pollution de l’eau (28 %) et des sols (20 %).
Définition du terme
Je vais revenir sur le terme « Pouvoir d’achat ». Il me hérisse le poil. Pas seulement par souci de la belle langue comme la suppression de tous les « impacter », « tri sélectif » ou « au jour d’aujourd’hui »…
Ce terme est une expression inventée de longue date et imposée ces derniers temps par la droite (extrême). D’après Wikipédia, le « pouvoir d’achat » désigne la quantité d’argent qu’une personne peut économiser après avoir dépensé pour ses besoins essentiels, reflétant ainsi sa capacité à accumuler des richesses plutôt qu’à consommer.

Selon la définition de l’Insee, « le pouvoir d’achat correspond au volume de biens et services qu’un revenu permet d’acheter ». Son évolution est liée à celles des prix et des revenus (travail, capital, prestations familiales et sociales…).
Si la hausse des revenus est supérieure à celle des prix, le pouvoir d’achat augmente. En revanche, si la hausse des prix est supérieure à celle des revenus, le pouvoir d’achat baisse. Ainsi, une augmentation des prix ne signifie pas forcément une baisse du pouvoir d’achat si la croissance des revenus est plus forte que celle des prix.
Moins d’impôts = plus de pouvoir d’achat = bonheur ?
Le pouvoir d’achat n’a pas vraiment de sens économique. Ce n’est pas une donnée observable. Il y a souvent plus de ressenti quotidien que de chiffres vérifiés. De plus, le pouvoir d’achat est différent du niveau de vie. En effet, ce dernier intègre l’accès aux services publics, aux infrastructures et aux retraites à venir.
L’expression renvoie, en creux, à un idéal de société consumériste dans laquelle acheter assure un statut social à part entière, explique Cécile Alduy. Selon cette linguiste, chercheuse au Centre de recherches politiques de Sciences Po et professeure à Stanford, le terme évoque immédiatement un imaginaire anxiogène de déclassement. « Le revenu – qui est la même chose que le pouvoir d’achat dans un monde sans inflation – a un poids plus élevé qu’ailleurs dans le bonheur individuel des Français », confirme l’économiste Claudia Senik, spécialiste de l’économie du bien-être. Plus que l’emploi, les conditions de vie ou le statut marital.
C’est donc un terme utilisé pour acheter les voix des classes moyennes, un semblant d’attention à leur égard. Bref, c’est un terreau idéal pour la démagogie politique. Ainsi, pour augmenter le pouvoir d’achat des Français et des Françaises, il suffit de baisser les impôts. Mais alors, quel budget amputer ? Celui de l’Éducation par exemple ?
Pouvoir d’achat = pouvoir de polluer ?

Le problème, c’est que là encore, on va justifier des mesures qui vont à l’encontre de l’écologie et du bien-être collectif pour garantir un confort individuel.
Lorsque les mesures permettent juste de vivre dignement, elles sont indispensables. Ainsi, pour lutter contre la précarité étudiante, un coup de pouce est prévu avec les repas dans les restaurants universitaires à un euro. Jusqu’ici réservés aux étudiants boursiers, ils vont être généralisés pour tous dès le mois de mai.
Cependant, en utilisant le terme, « pouvoir d’achat », on sous-entend que l’on prend ces mesures pour permettre aux personnes de dépenser plus. D’acheter plus dans les enseignes de la fast fashion ou chez Shein. On encourage la consommation ostentatoire, la surconsommation. On est obsédé par la croissance.
Mais la Terre ne peut plus absorber ses conséquences. Nous avons dépassé 7 limites planétaires sur 9.
Pouvoir de vivre > pouvoir d’achat
Il existe de nombreuses actions à mettre en œuvre au quotidien pour retrouver un peu d’air dans son budget. Ainsi, des « petits gestes« comme éteindre ses appareils en veille, se tourner vers des objets d’occasion, privilégier l’eau du robinet sur l’eau en bouteille, pratiquer l’écoconduite, installer un pommeau de douche bas-débit… permettent de faire des économies. Cela, tout en préservant la planète.
Tendons ensemble vers une consommation durable et respectueuse de l’environnement. Entre limites planétaires et respect d’un niveau de vie basique pour toutes et tous, l’économiste anglaise Kate Raworth a ainsi inventé la théorie du Donut.
Sortons d’un modèle économique obsolète, fondé sur une production excessive et une surconsommation dangereuses pour l’Humanité. Pour mieux évoquer le bien commun, l’entraide, il me semble important que nous utilisions un autre terme que « Pouvoir d’achat ». Alors pourquoi ne pas utiliser, dans ce cas, « niveau de vie », « coût de la vie » comme dans d’autres pays ou même « Pouvoir de vivre ». Ainsi, on ne se focalise pas uniquement sur la simple consommation individuelle, mais bien, sur la possibilité d’accéder à des services publics efficaces, des infrastructures correctes, des retraites décentes pour toutes et tous.
Pour aller plus loin…
Profusion de ressources pour un monde et une école écolo
Dossier de notre syndicat sur le pouvoir d’achat dans nos métiers (!)
Salaire des enseignants : nos revendications
Revendications pour les professeurs des écoles
Pacte du pouvoir de vivre en Pays de Loire : Téléchargez le document de 4 pages “Nos propositions pour Nantes Métropole pour les élections municipales 2026”